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L’Internet libre est un marqueur d’une société démocratique ou d’une dictature

Petite rétrospective, de qui est donc cette phrase, si douce et à la fois pleine de sens ? Ce n’est pas Richard Stallman. Non, ce n’est pas Benjamin Bayart. Ce n’est pas non plus Sascha Meinrath. Non, c’est bel et bien Nicolas Sarkozy qui l’a prononcée, à l’occasion de l‘e-G8 qui s’est tenu à Paris au mois de mai dernier. Il indiquait également qu’Internet était devenu, pour la liberté d’expression, un vecteur d’une puissance inédite. La liberté d’expression, ben voyons. Et le blocage bancaire de Wikileaks ?

Assez osé, pour un Président qui tente de nous faire glisser discrètement vers l’usage du DPI à grande échelle, et la restriction des libertés, non ? En premier on a eu Hadopi 2 (la 1 s’étant faite jeter par le CC), avec la mise en place d’une surveillance générale des réseaux Bittorrent (réseau truffé de faux positifs) ainsi que l’instauration de la présomption de culpabilité (oui, de culpabilité, à vous de prouver que vous êtes innocents !). Après ça, on a eu LOPPSI, qui nous interdit tout, et même le reste, en permettant aux forces de l’ordre et au gouvernement de faire ce qu’ils veulent comme ils veulent, et qui permet le blocage d’un site Web par simple décision administrative (contestable devant un juge en référé, mais après coup, histoire de faire copain-copine avec la présomption de culpabilité), et tout ça sous couvert d’une chasse à la pédopornographie.

Plus récemment maintenant, il y a 2 jours, le Parlement a adopté le projet de loi sur la mise en place de COV. Rapide résumé : il est dorénavant interdit, pour les agriculteurs, de garder une partie de leur récolte pour la semer l’année suivante… sauf en payant une taxe. Plus rien n’est libre, même la nature est maintenant sous contrôle des individuels.

Plusieurs sociétés d’éditeurs, qui sentent venir le monstre aussi bien que nous, en ont d’ailleurs profité pour demander le blocage pur et simple par un certain nombre de géants de l’Internet en France (à savoir de nombreux FAI, à l’exception de FDN étrangement, et des moteurs comme Google et Yahoo) de plusieurs sites de Streaming et/ou de DDL (Megaupload, Megavideo et Allomovie pour n’en citer que 3). Une bonne partie des internautes français sont maintenant suspendus à la décision du TGI de Paris, qui pourrait bien marquer un tournant dans la marche vers le contrôle d’Internet.

La question qui me travaille, à l’heure où j’écris cet article, c’est jusqu’où iront-ils ? Jusqu’à un contrôle total d’Internet par le petit Nicolas (qui a déjà les médias dans sa poche) ? Jusqu’à un mélange des modèles Américains et Chinois, l’un pour le libéralisme poussé à l’extrême, l’autre pour la censure et le musellement de ce(ux) qui dérange(nt) et s’opposent au pouvoir en place ?

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Hadopi, le piratage et les chiffres

Je n’ai pas vraiment pris le temps d’écrire quelque chose à propos du discours de notre bon président à l’occasion du forum d’Avignon, mais c’est au final tellement énorme et ridicule que je ne peux pas m’en empêcher.

Soit dit en passant, selon une source proche qui est passée près du parvis du Palais des Papes, c’était noir de flics. On pourrait presque se demander si le discours était adressé à la population ou aux forces de l’ordre. (troll inside)

Pour en revenir au discours, brandissant fièrement la sacro-sainte Hadopi en symbole de victoire, Nicolas Sarkozy a annoncé que le téléchargement illégal par peer-to-peer a diminué de 35%, chiffre assez délirant énorme ! Je ne sais absolument pas d’où il sort son chiffre douteux, mais sûrement pas d’une étude sérieuse. S’il y a eu une étude à ce sujet, elle doit être aussi douteuse que le chiffre qui en est sorti, le trafic p2p étant de toute manière en net recul ces dernières années, au bénéfice d’autres méthodes de téléchargement ou de piratage, de manière générale. Et de surcroît, le p2p permet le téléchargement légal (obtenir une distribution Linux, pour ne donner qu’un simple exemple), ce qui diminue encore les chances d’avoir une étude fiable.

Une migration vers d’autres méthodes de téléchargement

Par d’autres méthodes, j’entends bien sûr le DDL (direct download) et le streaming, qui permettent de récupérer directement le contenu depuis un serveur web, sans passer par les réseaux peer-to-peer. On est finalement repartis comme à l’ancien temps, avant eMule, avant Kazaa, et avant même Napster (temps que je n’ai pas connu, NDMoiMême). Sauf que maintenant, pas de restriction, tous les internautes peuvent se tourner vers ce mode de téléchargement, encombrant à loisir les liens optiques internationaux, et ralentissant donc le réseau. Dommage, avec le p2p et son architecture décentralisée, c’était encore fluide ! Et surtout, n’oublions pas le modèle économique employés par le p2p d’une part, et le DDL/streaming de l’autre:

  • Peer-to-peer: il est basé sur l’échange, chacun partage ce qu’il télécharge, ça va de poste à poste, sans passer par un serveur central, c’est à la fois léger pour le réseau, et gratuit, ne rapportant rien à personne
  • DDL/Streaming: basés sur des contenus uploadés sur des serveurs centraux, accessibles depuis des sites web où la pub et les offres payantes pullulent, le tout rapportant des brouzoufs aux des hébergeurs de contenus au lieu des artistes, comme N.S. l’a si bien fait remarquer.

Le mieux dans tout ça, c’est que là où le p2p était un minimum technique (besoin d’un logiciel spécifique, et de savoir s’en servir), le DDL est tellement simple que tout le mode s’y met ! Mme Michu, qui avait peur d’Hadopi, se permet de regarder tout ce qu’elle veut sur Megavideo depuis que son cousin Dédé lui a dit qu’elle ne risquait rien. Et tous ceux qui n’osaient / ne savaient pas télécharger ont aussi pu s’y mettre gaiement, une simple demande à Google leur fournissant tous les films et musiques qu’ils désirent.

Verdict: Problème déplacé, Hadopi 2 failed.

Hadopi 3: le re-retour

On prend les mêmes rigolos, et on recommence ! Persuadés qu’Hadopi2 a tout bien fait et que les internautes sont des méchants pirates qui regardent tous des films en streaming, N.Sarkozy annonce Hadopi 3, qui vise à interdire ce moyen de piratage – parce que le streaming, c’est mal. Problème: comment interdire le streaming ? Pour le p2p c’était simple à traquer, on se présente en tant que gentil téléchargeur/partageur, et on note les adresses IP des méchants pirates qui reçoivent ce qu’on leur envoie. A contrario, comme le streaming est effectué depuis des gros serveurs et non depuis les particuliers, on passe directement au chapitre répression et censure. Solutions possibles:

  • Faire fermer les sites. C’est ce qu’ils font plus ou moins depuis un bon moment, sauf que c’est long, ça coûte cher, et c’est pas super efficace, car pour un site fermé, on peut en voir fleurir 3 ou 4. Et puis dans ces sites, il y a Megaupload, Megavideo, et d’autres qui sont totalement légaux. Dilemme donc.
  • Couper les vivres en agissant directement sur le portefeuille. Il faut ici arriver à être crédible (c’est pas gagné pour l’Hadopi vu sa liste de casseroles) face aux régies de pub, Paypal etc., pour collaborer avec eux (collaborer oui, ça sonne faux ? Je trouve aussi) Mais on supprime la pub, la pub revient via une autre régie, voire même sans régie. Les annonceurs sont tellement prêts à tout pour envahir notre écran que c’est quasi impossible aussi.
  • Blacklister les sites (LOPPSI inside). Même problème que pour les fermer, les hébergeurs de contenus sont légaux, et de toute manière, la jurisprudence européenne refuse la mise en place de filtrage de masse sans limitation de durée.
  • Espionner les communications des français, et traquer ceux qui feraient passer tel ou tel film piraté dans les canaux de nos bons et loyaux FAI (mais loyaux à qui ?). Ça s’appelle le DPI (Deep Packet Inspection), et ça s’appelle aussi violer la vie privée des internautes, atteinte à la liberté d’expression, et tout ce qui va avec, le DPI permettant tout et n’importe quoi. Imaginez un postier employé à lire tous vos courriers pour vérifier que vous ne parliez pas de vol de CD à la FNAC. C’est pareil, sauf qu’ici le postier peut traiter des milliers de courriers à la seconde. Belle perspective d’avenir, non ? Être  surveillés comme des vaches à lait juste pour remplir les poches de nos chers patrons de Vivendi et autres. Mais c’est ce dont ils rêvent tous, pouvoir contrôler le net comme il contrôle les médias.

Viser l’impossible, telle est leur devise

Ils sont dépassé par les événements depuis plusieurs années, voire décennies, mais refusent de l’admettre. Oui, le partage ça fait avancer tout le monde. Oui le copyright tue la création et l’innovation. Oui, il faut rémunérer les artistes et tous ceux qui travaillent, mais ce n’est pas en déployant des armes répressives telles que ça va marcher. Pour que l’humain vous suive, il faut lui donner envie de vous suivre, pas lui faire peur.  Parce qu’à se rythme-là, on va vers quoi ?

  1. Hadopi 3 va essayer de museler les sites de partage de plein de manières différentes, allant de la pression économique au DPI.
  2. En guise de réponse, les sites de partage vont, comme Google (et comme déjà plusieurs trackers Bittorrent, bon courage pour les attraper ceux-là), passer à des connexions sécurisées avec des bons gros algorithmes bien bourrins empêchant toute fouine du gouvernement de glisser son nez dans tout ce bazar.
  3. On va se rendre compte que tout ça n’aura servi à rien (ou alors on va se tourner vers un modèle pire, où il sera interdit de chiffrer ses communications, vive la liberté)

Verdict: Hadopi 3 failed

Au final, au lieu de réfléchir à de vraies solutions alternatives au CD hors de prix, on s’enfonce, encore et encore dans le ridicule, et on rend accessible à tout le monde les moyens de chiffrement si chers à la Défense. Toute lutte contre le piratage est totalement inutile, car les technologies évoluent, et les pirates, comme les SSII, font de la veille techno et se mettent régulièrement au goût du jour. Et le goût d’aujourd’hui, c’est les VPN et le HTTPS, contre lequel rien n’est actuellement possible.

Alors, quand est-ce qu’on se fait une vraie réunion de restructuration des majors ?

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L’espionnage des citoyens: un sport bien français

Nous voilà samedi soir, pas de sortie festive prévue pour ce soir, j’en profite pour m’atteler à une tâche qui m’attend depuis deux bonnes semaines: alimenter mon blog.

Ce soir, on va parler (au moins) de surveillance sur Internet. Ça buzze déjà pas mal depuis un certain temps, et j’essaie de suivre ça d’assez près, mais comme je n’ai pas encore abordé le sujet, et qu’il me révolte pas mal, c’est l’occasion, vieux motard que jamais !

Un logiciel made in France

Pour ceux qui auraient raté le début de l’histoire, la France a apporté tout son soutien à la belle démocratie mise en place en Libye par (feu) le Colonel Kadhafi. En effet, la société Amesys, filiale de Bull S.A.S., a vendu à ce cher Mouammar un logiciel de surveillance de tous les moyens de communications électroniques, la société attestant pouvoir intercepter tous types de messages, même les communications par e-mail GMail, Hotmail, etc. Ce système, nommé GLINT, est présenté comme ZE logiciel d’interception à l’échelle de la nation (Strategic Nationwide Interception) par la société.

L’espionnage des Libyens ? Mais encore ?

Mais encore ? Oh, rien de bien grave, la société Américaine Blue Coat a juste fait la même chose pour la Syrie.

Ça ne vous suffit pas ? Alors on passe à la suite: cette fois ce ne sont pas les journalistes de Reflets qui ont fait éclater l’histoire au grand jour, mais ceux d’OWNI. Ils affirment qu’après consultation du registre des marchés publics, la société Amesys (encore elle, ou parfois l’une de ses filiales) a également remporté des appels d’offres lancés par la DRM (Direction du Renseignement Militaire), ainsi que par le Ministère de L’intérieur, pour des dispositifs similaires destinés à… je vous laisse deviner la suite !

Le petit Nicolas a donc considérer que l’outil était plutôt efficace et, pris d’un violent élan de patriotisme économique, a contribué au PIB français en achetant à son tour ce système, destiné à traquer les terroristes (bien entendu, à quoi pourrait-il servir d’autre ?).

En attendant, la France, le pays des libertés, la démocratie, blablabla, on nous l’a déjà faite des dizaines de fois !

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